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Mythes & Légendes,  Spiritualité

La Voyance au Moyen-âge

Après avoir fait un petit tour d’horizon de l’histoire de la voyance durant l’Antiquité, ou encore de la voyance en Égypte, j’ai voulu vous faire découvrir aujourd’hui comment est-ce que cette discipline était considérée lors du Moyen Âge. Vous vous en doutez, ce n’est pas la période la plus glorieuse pour le métier de voyant. Mais toute la conception de la voyance au Moyen-âge et de la sorcellerie à cette époque me passionne. J’ai voulu comprendre et savoir comment étaient considérés mes pairs. Ces temps étaient en effet à la fois troubles et à la fois spirituels du point de vue religieux. 

 

La voyance au Moyen-âge : petite histoire 

Au cours du Moyen Âge, la voyance n’était pas toujours pratiquée comme métier. On la considérait comme une discipline pratiquée par des paysans ou des bourgeois qui restaient attachés à une certaine tradition païenne. C’est-à-dire une tradition anticléricale. Inspirés des pratiques antiques, le personnage du devin cherchait à déceler le bon ou le mauvais présage. Cette forme de voyance devait servir notamment à prévoir les récoltes, les vagues épidémiques ou encore comment allait se passer une naissance. Un père allait-il avoir un garçon ou bien une fille ? 

Mais la voyance, c’était aussi une histoire de noblesse. En effet les grandes familles, notamment celle de Médicis un peu plus tard, utilisaient l’astrologie et la consultation d’Oracles. Mais c’était aussi l’affaire d’autres autres sphères du pouvoir : de nombreux souverains faisaient ainsi appel à des voyant pour les conseiller et les aiguiller. La voyance était mal vue. Elle était condamnée et interdite. Pour autant les autorités ne suivaient pas forcément les ordres qu’elles donnaient elles-mêmes. 

En fait le Moyen Âge est une ère où la voyance, et les nombres arts divinatoires connaissent un grand essor. Cet essor en sera encore plus grand à l’époque de la Renaissance. La conception et l’imaginaire typique du voyant se dessine et se concrétise – comme l’image de la bohémienne ou de la sorcière. La bohémienne, la sorcière, sont d’ailleurs des figures souvent très proches de celle de la voyante. LVoyance au moyen-âge est aussi un business croissant, la construction d’un métier.  

 

Voyante ou sorcière ? 

L’Europe chrétienne associé souvent la voyance à la sorcellerie. En fait, à partir du début du christianisme jusqu’au XIXe siècle, l’église entrent dans un véritable combat contre la sorcellerie. Et paradoxalement la voyance devient un véritable métier au fil des âges. Si voyante et sorcière étaient confondues, c’est parce que c’est l’image de la voyante comme une femme qui était le plus souvent diffusée. En effet les femmes voyantes étaient considérées comme étant plus rassurantes, comme des figures de consolation face aux mauvaises nouvelles apportées par la voyance au Moyen-âge. Et il est bien connu que la sorcière est le plus souvent une femme. 

Rapprocher voyante et sorcière permettait à l’église de mettre en lumière l’opposition de ce monde païen par rapport au monde de Dieu. En effet la féminité était le lieu d’une diabolisation et la voyante rappelle cette image d’Eve, la femme initiant le péché originel. Pour autant les descriptions de femme voyante et les descriptions de femme sorcière, si elles se ressemblent, ne sont pas les mêmes. 

Ce sont toujours les mêmes clichés qui nous sont rapportés jusqu’à aujourd’hui. La sorcière est une femme isolée, parfois au grand chapeau ou au chaudron de fer. C’est une femme démoniaque qui, à travers des rites, ou sataniques ou païens, ensorcelle les hommes et produits des malheurs. La voyante, ou le voyant, est une personne sociable presque scientifique. Le peuple percevait la cartomancie et plus encore l’astrologie  comme des sciences difficiles permettant de prévoir l’avenir. Il était rare qu’un voyant soit amené sur le bûcher. Les voyantes, elles en revanche, étaient très souvent accusées de sorcellerie avant d’être tuées durant l’Inquisition. 

 

La voyance au Moyen-âge, le duel : Voyance et religion 

Entre voyance et religion, il existe depuis longtemps un véritable combat. L’Eglise interdit la voyance durant le Moyen Âge, car elle ne respecte pas toutes les croyances de l’ancien testament et des lois hébraïques. Recourir à la divination ou à la voyance était considéré par l’Eglise comme contraire au premier commandement : « tu n’auras pas d’autres dieux devant moi ». Il fallait pour l’Eglise avoir confiance en son avenir car c’était Dieu qui avait décidé qu’il en serait ainsi. Avoir recourt à la voyance, essayer de chercher quel était son destin, c’était donc agir contre la confiance en Dieu.  

Toute forme de superstition était rapprochée d’un culte non chrétien, et donc païen. En effet, la superstition était considérée comme un désaveu religieux. N’importe qui pouvait être accusé de sorcellerie sans preuve, la voyance a donc été pendant tout le Moyen Âge et la renaissance en danger. La voyance au Moyen-âge jouait à la fois d’une grande reconnaissance populaire et d’un désaveu religieux complet. 

Pourtant, de nombreux membres de l’Eglise croyaient en la voyance durant le Moyen Âge. Il était préférable chercher des présages dans les saintes écritures ou en interprétant les influences de certaines reliques sur le temps. Pour le Clergé, seul l’Eglise elle-même avait en fait le droit de divination. Pour autant, l’Eglise n’était pas tout le temps en guerre ouverte contre la voyance. La plupart du temps elle fermaient d’ailleurs les yeux sur certaines pratiques païennes. Il était plus mal vu d’être protestant ou de ne pas croire que d’aller consulter un voyant. Voyance et religion représentaient les deux pôles opposés d’une même pièce, entre croyances et foi. 

 

 

Le personnage du devin dans la voyance au Moyen-âge 

 Finalement, le personnage du devin médiéval n’était pas si différent du voyant d’aujourd’hui. À la seule différence que le voyant n’était pas seulement cette personne de métier, il avait de nombreuses facettes dans la pratique de la voyance au Moyen-âge. Chaque corps du peuple avait son devin qui lui était propre. 

Le paysan 

Dans le monde paysan, l’utilisation d’oracles, ou de pendules était fréquente. Mais l’Aeromancies (le vent), ou encore la lecture de l’avenir dans les champs de blé, étaient des supports de divination qui ont aujourd’hui presque disparu. Fortement influencé par la religion, le monde paysan ne dissociait pas sa croyance de la divination. C’est peut-être de ce peuple que notre pratique de la voyance moderne a le plus hérité. Mais il ne faut pas oublier que la culture païenne avait elle aussi une place importante dans certaines campagnes. L’Eglise, durant tout le Moyen Âge mènera une guerre contre ce paganisme. Le devin était donc autant considéré comme un paysan ayant connaissance d’un art qu’il était considéré comme un démon tentant d’éloigner le berger de la sainte croyance. 

L’astrologue 

Le devin astrologue est bien différent du devin paysan. Son statut était bien plus proche de celui du scientifique. L’astrologie étant une histoire de calcul, de mathématiques, autant que d’observation. Les astrologues avaient pour but de répondre à des questions précises auxquelles l’église n’aurait pas su répondre. Ou n’aurait su donner que des conseils de piété.  Mais même si elle essaye de se faire passer pour une science, l’astrologie n’est pas très bien considérée. Et celà autant auprès des institutions religieuses ou scientifiques. Elle n’était l’affaire que de quelques bourgeois tenant commerce en ville. Les personnes les appréciant était en fait les nobles chez qui ils se rendaient régulièrement.  

Ce qu’il faut retenir de la voyance pendant le Moyen Âge, c’est que cette ère n’est pas une période creuse au niveau spirituel.  Au contraire, il s’agit d’un véritable essor pour la voyance et pour le personnage de devin qui deviendra peu à peu une figure, Certes stéréotypée (lien) mais faisant partie de notre culture. 

Le support 

 Nous datons la plupart des constructions d’oracle de la Renaissance ou d’une période postérieure. Pourtant il est probable que la plupart des tarots et autres jeux de cartes de divination soit inspirés de jeux plus anciens, datant probablement du Moyen Âge. À l’époque, la voyance se pratiquait aussi avec d’autres supports. Nous avons parlé de certains d’entre eux. Mais il y en avait d’autres comme la boule de cristal, le feu ou l’eau, les miroirs, le marc de café… Certaines pratiques étaient inspirées d’autres peuples et civilisation. C’est le cas du tarot de Marseille qui émerge à partir de la culture des tziganes et des bohémiens. La voyance au Moyen-âge peut en fait être considérée comme étant l’initiation de la voyance telle que nous la connaissons aujourd’hui. 

 La voyance une culture  

Il me semble important de connaître culturellement l’origine de son métier. Si la voyance est un métier qui existe depuis peut-être le début de l’humanité, le Moyen Âge est une ère très importante pour son développement en Europe. J’étais très curieux de savoir comment la voyance au Moyen-âge pouvait être considérée. Comment le personnage du voyant fait face à une église prenant toujours plus de place et de pouvoir. Nous pouvons remarquer aujourd’hui que la voyance est de mieux en mieux acceptée comme étant peut-être un don de Dieu. En tout cas un moyen de faire le lien entre ce monde spirituel que j’appelle l’invisible, et notre monde dont nous en avons encore beaucoup à apprendre.