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Mythes & Légendes

Nostradamus, devin ou poète ?

Nostradamus est un grand homme ! Oui, un grand homme ayant vécu au seizième siècle, l’époque de l’humanisme, des progrès de la médecine et de l’essor d’une nouvelle littérature mystérieuse et poétique. Beaucoup le décrivent comme un prophète, un devin extraordinaire. Moi je le décrirais plutôt comme un grand médecin, un homme érudit et curieux. Je vais donc vous expliquer pourquoi je trouve la vie de cet homme passionnante. Pourquoi je le considère plus comme médecin que comme voyant.

 

Biographie et exploits

Nostradamus, de son vrai nom Michel de Nostredame, nait en 1503, fils de médecin. Il est donc bien placé dans la hiérarchie sociale de l’époque de la Renaissance. Il aura la possibilité de côtoyer de nombreuses personnalités de la Cour et de la noblesse. Pour autant, s’il veut bien vivre comme ses parents, il doit durement travailler. Cela commence par une éducation et des études de haut niveau. Il est d’abord éduqué par sa famille qui lui transmet les valeurs et connaissances de l’humanisme : la médecine, la littérature, la botanique mais aussi l’astronomie. En effet, à cette époque, toute personne bien éduquée devait prendre connaissance des bases astronomiques et astrologiques (on ne faisait pas vraiment la différence). Elles étaient considérées comme des sciences.

Etudes des Lumières

Michel poursuivit ensuite ses études, avec une préférence pour la médecine qu’il perfectionna à la faculté de Montpellier. Il y rencontrait probablement l’auteur humaniste Rabelais. C’est ici qu’il commença à écrire afin de s’assurer des rentes régulières et un début de popularité. Vers 1529, les publications en vogue étaient les almanachs. Michel de Nostredame en publia durant toute la période de ses études. Pendant ce temps, il commença aussi à se faire connaitre pour ses talents médicinaux. Lors de l’épidémie de Peste de Narbonne et de Marseille, il commença à mettre au point un remède qui sauva de nombreux malades.

Voyages Formateurs

Il voyagea ensuite une grande partie de sa vie parcourant principalement les régions du midi, de la Provence. Il pratiquait la médecine afin de se créer un petit pécule tout en apprenant de l’expérience. Tout jeune diplômé devait presque obligatoirement faire un voyage initiatique. C’était le moyen de parfaire ses connaissances tout en étoffant les contacts érudits et appartenant à la noblesse. Ce n’est qu’à 41 ans qu’il retrouva sa région la Provence. Et il la retrouva à nouveau décimée par la Peste Noire. Confirmant ses talents il aida de nouveau son peuple en perfectionnant son remède. Il obtint par ses exploits une forte réputation, mais on disait parfois de lui qu’il était sorcier. Il dut tout le reste de sa vie faire attention à ses dires et se présenter comme un scientifique, un médecin et astronome. Un homme comme lui devait se méfier de l’Inquisition. Cette institution religieuse traquait quiconque pouvait être présenté comme hérétique, magicien ou sorcier.

 

Homme de Lettres et Humaniste

En plus de ses nombreuses prouesses médicales, faisant bien avancer la médecine de la Renaissance, Michel de Nostredame était un auteur renommé. Par un auteur humoristique dans la veine de Rabelais, mais plutôt un auteur de poésie et d’astrologie. Il continuait la publication de ses almanachs et profitait de leur succès pour proposer des consultations d’astrologie.

Lors de ses voyages et inspiré de ses nombreuses rencontres, il avait aussi entamé l’écriture de large recueil de poèmes astrologiques appelés Centuries. Il en publia les trois premiers ouvrages en 1555. Présentées aux lecteurs de l’époque comme d’obscures prophéties poétiques (elles était écrites en quatrains rimés), ses publications eurent un succès retentissant. A tel point qu’il connu son premier procès inquisitoire où il se défendit de ne pas être devin mais simple mathématicien calculant dans les astres les possibilités à venir.  Il accompagna ses publications d’une lettre à son fils César, puis plus tard d’un Epitre à Henri II.

Des prophéties poétiques

Parmi les très nombreuses dites « prophéties », il fut reconnu dans certaines de grands évènements historiques. Des plus connues, nous pouvons citer le 35ème quatrain créant une véritable cacophonie à la Cour :

“Le lion jeune le vieux surmontera,

En champ bellique par singulier duelle :

Dans caige d’or les yeulx luy crevera

Deux classes une puis mourir mort cruele.”

En 1559, le roi Henri II se fit tuer lors d’un tournoi et d’une épreuve de joute. Un jeune compte lui traversa l’œil de sa lance par accident.

D’autres lecteurs et chercheurs trouvèrent dans ces quatrains l’annonce de la mort de Kennedy, de l’arrivée d’Hitler au pouvoir ou encore l’attentat du 11 septembre 2001. Mais de nombreux quatrains sont aussi modifiés, faussés ou inventés pour coller à certains évènements historiques. Ce qui ressort de ces interprétations, c’est que bien souvent des personnes apposent à ces vers mystérieux et incompréhensibles des événements réel. Ils présentent Nostradamus comme un devin ou un prophète.

Quoiqu’il en soit, voyant ou non, les Centuries présentent un réel intérêt : c’est une mine poétique du 16ème siècle. Comme de nombreux érudits humanistes, nous pouvons voir Michel de Nostredame comme un homme de lettres, un poète talentueux.

 

Sa renommée : un Médecin du Roy

Un homme de Cour

Sa renommée était donc fortement liée au quatrain relié à la mort d’Henry II. Mais même avant cela, il eut un lien particulier avec la reine Catherine de Médicis. Elle était passionnée par l’astrologie, les sciences occultes et tout ce qui touchait de près ou de loin à la magie. Fortement impressionnée par la réputation de Nostradamus comme voyant émérite et astrologue confirmé, Catherine de Médécis n’avait qu’une envie : le rencontrer. Elle demande en 1556 au gouverneur de Provence de faire venir le médecin à Paris.

Quand il arrive, sa réputation l’ayant précédé, il est demandé par de grands nobles. C’est le cas du connétable de Montmorency, de Louis de Bourbon, ou encore de l’archevêque de Sens. C’est après son succès auprès d’eux qu’il rejoint la Cour au château de Blois. La reine lui demandera alors de lui dresser l’horoscope de ses enfants. C’est évidemment la prédiction concernant la mort d’Henri II qui affirmera définitivement sa renommé à la Cour. Il obtient la protection de reine mais aussi d’autres grands personnages politiques. Il demeure à la Cour, apportant autant des soins médicinaux et botaniques que délivrant des horoscopes et almanachs. Puis il continue à publier ses Centuries qui produisent toujours un succès retentissant.

D’une renommée à une légende

Mais cette renommée ésotérique ne lui apporte pas que de bons augures. Michel de Nostredame a bientôt 60 ans, il se méfie de l’Eglise autant que des grands seigneurs à qui il pourrait déplaire. Il écrit ses dernières « prophéties » sur sa mort qui participeront à grandir encore sa légende. Il paraitrait qu’il aurait annoncé le jour de sa mort à Catherine de Médicis et que celle-ci l’aurait confirmé lors de son départ le 2 juillet 1566. Quoiqu’il en soit, l’appellation de « prophète », que nous entendons encore partout aujourd’hui, ne provient pas d’une prophétie claire et évidente comme sont capables d’en produire les voyants et clairvoyants aujourd’hui. C’est une renommé alimentée par la Cour du 16ème siècle ayant disséminer sa légende, quitte parfois à retrouver des témoignages et des écrits inventés de toute pièce parlant de tel ou tels miracles attribués à Nostradamus.

 

Les Centuries, des prédictions extraordinaires ?

On oublie souvent que le vrai talent de cet homme se trouve dans ses aptitudes médicinales ayant grandement fait avancer son siècle. La publication d’ouvrages astrologiques était en fait plus une mode à l’époque d’une grande nouveauté expliquant en quoi Nostradamus était un homme exceptionnel.

Prédictions ou interprétations ?

Nous nous posons toujours évidemment la question de savoir si les volumineuses Centuries sont de véritables prédictions, si elles nous livrent le secret des années à venir. Rappelons que Michel de Nostredame a écrit des prédictions allant jusque l’an 3797. Il serait possible que parmi ces prédictions, certaines se réalisent, peut-être était-il vraiment voyant. Mais personnellement, je pense qu’il y a très peu de chances que ce soit le cas. Il voguait très probablement sur les attentes de l’époque afin de faire sa place dans la société de Cour et d’exercer sa médecine. Comme je vous l’ai dit au début de cet article, Nostradamus est un grand Homme, il fait partie de l’histoire de la Provence. D’ailleurs, le Musée Nostradamus à Salon de Provence est un bel endroit pour découvrir la vie de cet homme. Mais ses écrits sont trop obscurs pour affirmer être divinatoires.

Ce qui fait la beauté de l’histoire de Michel de Nostredame, c’est principalement son inscription dans un grand siècle : celui de l’Humanisme. Autant par son éducation, éparpillée et érudite, par son rapport aux grands personnages historiques, que par son appartenance à une littérature poétique, Nostradamus nous en apprend un peu plus sur nos ancêtres et sur la France dont nous venons. Il appartient à une histoire, une histoire de la vision de l’ésotérisme et de la divination aussi. Il nous montre à tous que même les rois et les reines de la Renaissance, malgré la surveillance accrue de l’Eglise, étaient des personnes intéressées par la clairvoyance.

Un homme passionnant, un mythe

Aujourd’hui il est donc passionnant de lire l’histoire et la biographie de grands hommes comme Nostradamus. Ils nous aident à mieux comprendre le monde d’hier, et peut-être le monde d’aujourd’hui. C’est aussi relever ce qui appartient au mythe et ce qui appartient à la réalité. Bien sûr, le mythe n’est pas une mauvaise chose du moment qu’on le reconnait comme tel. Il permet d’apporter un peu de romance à notre vie : une peu de créativité et d’imagination. Alors je vous invite volontiers à lire les différentes versions de la vie de Nostradamus. Que vous croyiez en un prophète ou que vous restiez incrédule. De même, je vous invite à lire les incompréhensibles Centuries et à essayer de les décrypter. Pour ma part, j’ai parfois essayé sans succès, mais c’est toujours intéressant, au moins poétiquement de se confronter à la langue du 16ème siècle.