Mon Journal personnel

Une rencontre pas comme les autres

Il arrive parfois que l’on se sente démuni. Dans nos cabinets se glissent souvent des histoires tristes, douloureuses. Le bureau de consultation est bien souvent le réceptacle d’histoires émouvantes et difficiles qui se font l’écho de tant d’autres histoires.

Aujourd’hui n’a pas dérogé à la règle.

J’ai pris le pari de vous raconter dans ce journal, sous couvert d’anonymat, tout ce qui pouvait me marquer, ce qui pouvait me transcender.

Aujourd’hui est un jour à écrire, grâce à une maman et à son fils. Elle ne venait pas de si loin comparé à la majorité de mes visiteurs. Et pourtant elle était arrivée en avance, véritable marque de politesse. Elle avait attendu dans sa voiture, avec patience.

Elle venait pour un contact médiumnique avec son fils, disparu quelques mois plus tôt. Après les présentations d’usage je lui expliquais le déroulement d’une séance et ce qui allait se passer ou au contraire ce qui n’allait pas se produire. C’est un rituel que j’ai instauré avant chaque séance, pour poser des bases et bien rappeler à la mémoire en deuil que le médium n’est qu’un Homme. Comme je le dis souvent : n’attendez rien, espérez tout. Les défunts ont leurs propres règles pour sélectionner le canal par lequel ils souhaitent passer ou pour décider du moment le plus opportun pour intervenir dans la vie d’un proche.

Et aujourd’hui était plutôt un jour sans. Je parle toujours le premier. Je demande le prénom et l’âge du défunt au moment de son décès. Puis je transmets ce que je perçois, les émotions que je rencontre. Le contact commence toujours ainsi. Des émotions, des traits de caractères et si tout colle viennent alors les paroles. Ces étapes permettent de me rassurer, de passer outre mon propre filtre psychologique. Si un dialogue doit s’établir, ce n’est que bien plus tard lors de la séance. Je dis toujours « dites oui ou dites moi non, ça ne me choquera pas car le message n’est pas pour moi, mais dites moi ».

La séance démarre de façon assez classique, avec la description des traits de caractère. Puis une sensation de plénitude, comme si le passage de l’autre côté avait été facile, comme si au bout de si peu de mois ce jeune garçon avait tout compris de cette nouvelle réalité, de ce retour aux sources. Ce jeune garçon me faisait ressentir qu’il était bien, comme un âme passée de l’autre côté depuis plusieurs années, apaisée. Une vraie béatitude. Je cherchais une parole, un mot. Quelque chose que j’aurai pu traduire par « votre fils me dit que ». Avec l’expérience j’essaye de faire bien attention et de ne pas employer cette formule lorsque je suis dans la re transcription des émotions et des traits de caractère. Mais parfois, cela se fait involontairement.

La parole du défunt reste sa parole et il n’est pas question de l’agrémenter d’interprétations personnelles.

Et puis j’ai tiqué. Quelque chose n’allait pas, le message sonnait faux. J’étais un peu perdu. Mon jugement personnel reprenait le dessus. Ce sentiment étrange de faire fausse route, d’être « balladé ». Mais cela ne m’était jamais arrivé par le passé. Le message que je ressentais était trop « parfait », trop « lisse », trop « heureux » comparé à ce que j’avais l’habitude de recevoir. Le défunt ne me parlait pas de son départ, de la façon dont cela était arrivé. Rien.

J’étais complètement perdu. J’ai dit à cette maman que j’étais un peu « froufrougné » car son fils ne parlait pas, ne nouait pas de vrai dialogue avec moi. J’avais des images que je n’arrivais pas à raccrocher, je ne voyais aucune histoire se tisser entre elles. Lorsque je me sens connecté je demande au défunt de me donner des détails sur son histoire, sur son décès. Mais rien ne filtrait. Juste « je vais bien » Lumière, coeur, coeur, lumière …. Et quand bien même je doute que cela soit suffisant pour cette maman qui vient me rencontrer.

J’ai pris la décision de demander à la maman de me parler de son fils. Peut être en recueillant leur histoire, arriverai-je à mieux comprendre le blocage de cette séance. Peut être réussirai-je à élucider ce sentiment de fausseté que je ressens.

Avec une extrême gentillesse cette maman m’a confié son vécu, son histoire. Je n’étais pas le premier qu’elle venait rencontrer suite au départ de son fils. Elle était en recherche de foi, celle qui confirmerait qu’après cette vie notre existence continue bien. Elle avait essayé de procéder de différentes façons, méthodiquement, scientifiquement dans le but de recueillir une preuve quasi irréfutable de la survivance de l’âme auprès de différentes personnes. Depuis le départ de son fils elle avait rencontré plusieurs personnes qui avaient été touchées par la foi de façon soudaine. Elle cherchait à comprendre si le suicide avait un sens et si la disparition de son fils ferait naitre du positif.

Il le fallait.

Dans ma croyance, dans ma foi, le suicide ne fait pas parti du Destin. Il n’est pas écrit dans l’avenir. Il ne se voit même pas en voyance. C’est un acte dont la genèse se trouve dans le domaine du libre arbitre. Tantôt courageux pour certains ou au contraire lâche pour d’autres.

Mais dans le Destin d’un Homme, a t-il un sens, une raison ?

La question peut être plus largement posée : la mort a t-elle un sens, une raison ? Grande question philosophique à laquelle je répondrai dans un prochain article.

Quelques temps auparavant elle avait vécu une expérience troublante et avait vu son fils dans l’Invisible. Mais elle avait été chamboulé par cette vision, celle de son fils qui n’allait pas bien. Dès lors, elle n’avait eu de cesse de vouloir comprendre et elle souhaitait trouver un moyen d’aider son fils. Pour qu’il aille mieux. La maternité ne s’arrête jamais, elle continue même au-delà du voile.

Elle ne souhaitait s’avoir qu’une seul chose, si son fils allait mieux.

Après autant d’entretiens « test » avec autant de médiums, elle avait pris la décision d’être dans l’acceptation des messages et non plus dans la recherche de la preuve irréfutable que oui, tout continue de l’autre côté.

Elle venait en quête d’elle même, en quête de sens et de réponses.

Sans le savoir, cette maman m’a apporté des réponses. Même si cette séance n’a pas eu un effet « médiumnique » extraordinaire en comparaison à ce que j’ai déjà pu vivre, elle m’a apporté des mots que j’avais besoin d’entendre. Un témoignage qui mérite d’être raconté.

J’espère que cette maman ne m’en voudra pas si elle tombe sur ces quelques lignes. Je n’ai pas pensé à lui demander l’autorisation de les écrire. Si vous passez par ici chère « maman », faites moi signe.

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