Voyance : peut-on vraiment tout dire ?

Voyance : peut-on vraiment tout dire ?

Je ne déroge jamais à la règle. Avant chaque consultation, j’assène toujours cette phrase simple mais pourtant lourde de conséquences : « Voulez-vous tout  savoir? ». Consulter est, quoi qu’on en dise, un acte courageux. Chaque consultation est unique car chaque destin l’est tout autant. Les bonnes et les mauvaises nouvelles font partie intégrante d’une consultation, mais pour autant, peut-on tout dire ?

Prenons un exemple concret : dans les jours qui viennent, Le Comité National d’Ethique (CNE) doit rendre son verdict  sur les nouvelles dispositions à apporter à la loi  sur la fin de vie (plus communément appelée loi Leonetti). Alors que l’Etat lui-même n’arrive pas à statuer sur le plein droit des malades à partir dans la dignité et la rapidité, comment nous, professionnels des Arts Divinatoires pourrions nous avoir l’indécence d’annoncer des maladies graves ou pis encore, des décès ?

Infirmier de formation, j’ai accompagné de nombreuses fin de vie dans la douleur, la tristesse et parfois la joie. C’est un passage obligé qui fait partie intégrante de notre condition terrestre : naissance – apprentissage – cheminement personnel – transmission – mort. Le phénomène de « fin de vie » est, en fonction des cas, plus ou moins préparé. Il arrive le plus souvent que la mort surgisse de façon rapide, sans attendre. Mais elle n’en reste pas moins douloureuse à vivre pour celles et ceux qui restent.

Je vais vous conter le cas d’une consultante qui, au fil du temps, est devenue une amie. Un jour, je reçois un sms dans lequel elle m’apprend que sa maman a des problèmes de santé et qu’elle doit passer des examens.

Je ne réponds jamais aux questions des consultants relatives à un diagnostic médical. Mais je dois avouer que cette fois, j’ai tout de même « jeté un oeil » aux cartes, pour savoir de mon côté, comment je devais me préparer pour soutenir mon amie. Pourtant, les cartes ne voulaient pas répondre, je ne voyais rien. Pourquoi ? Tout simplement parce que tout ne doit pas forcément être vu et connu

Nous avons appris plus tard qu’il s’agissait d’un cancer fulgurant et généralisé. Durant la dernière phase de la vie de sa maman, je l’ai conseillé et soutenu. Nous avons beaucoup parlé de l’importance de vivre ces derniers moments avec intensité. Mon ancien métier d’infirmier, qui m’avait préparer à vivre des moments comme celui-là, m’a beaucoup aidé pour soutenir mon amie dans ces moments difficiles.

Mais maintenant à l’inverse, comment mon amie aurait-elle vécu ce drame si un ou une professionnel des Arts Divinatoires lui avait dit « tout va bien aller, ce n’est pas grave » ? Un désastre !

Imaginez un instant que le voyant se mette à « pronostiquer » la période de temps qu’il reste à vivre à telle ou telle personne, sans connaissance médicale, paramédicale ou autre ! C’est une pure folie.

Certains voyants auraient aussi très bien pu remplir ce rôle de soutien en invoquant leur statut de parapsychologue.

Mais qu’est réellement et concrètement que la parasychologie ?

Il s’agit de  « l’étude des phénomènes longtemps considérés comme surnaturels ou illusoires. »1 Comme vous pouvez le remarquer, cela n’a rien à avoir avec la psychologie qui est, quant à elle, l’étude «  des activités mentales et des comportements en fonction des conditions de l’environnement. »2 et grâce à laquelle une thérapie peut être élaborée avec compétence et efficacité.

Ces deux champs d’études sont bien différents ! La parapsychologie ne doit donc  en aucun cas donner le droit aux professionnels des Arts Divinatoires d’exercer une quelconque étude ou influence psychologique sur son consultant.

Pourtant il apparaît clairement que pour exercer notre profession, il faut une dose « d’humanité » et je dirai même de compréhension de l’être humain. Il faut être en phase avec sa réalité, ses côtés sombres, ses bonheurs mais aussi avec sa fin inéluctable. Dans ce paradoxe professionnel, un fait certain : la mort reste la seule prédiction qui finira indéniablement par se produire.

« L’espoir fait vivre » vous dirons certains. Mais point trop n’en faut, surtout si celui-ci n’est pas maîtrisé et étayé par des connaissances médicales. Alors chers confrères, chères consoeurs, laissons aux professionnels de la santé la lourde tâche d’annoncer la mort.

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