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La médiumnité,  Mythes & Légendes

Voyance et Antiquité : les tous premiers médiums

La voyance et la médiumnité n’ont rien d’une mode, ce sont des pratiques qui datent de la nuit des temps. Nous avons déjà vu que l’âge d’or de la pratique moderne des doctrines de l’ésotérisme datent de la fin du 19e et du début du 20e. Ce que j’ai décidé d’étudier aujourd’hui, c’est de quelles pratiques antiques nous sommes les héritiers. Et les figures des arts divinatoires ne manquent pas pendant la période de l’Antiquité. Pythies, Augures, druides, sibylles... Tant d’êtres entre dieux, monstres et hommes qui ont tous en commun le don de voir l’avenir et parfois même le passé. Certains sont en contact avec les défunts comme les médiums, d’autres révèlent de mystérieuses prophéties. Leur souvenir résonne dans la pratique de la voyance et de la médiumnité aujourd’hui. Vous voulez connaitre quelles étaient les formes des arts divinatoires durant l’Antiquité ? Embarquez avec moi pour un voyage dans le temps !

La pythie et la voyance divine pendant l’Antiquité

Pendant l’Antiquité, les personnes capables de délivrer des messages sur l’avenir ou des prophéties étaient intimement liées à la divinité.

Les Augures : des prêtres masculins

Dans la religion romaine, les augures,  interprétaient les phénomènes naturels et en délivraient des présages au peuple ou à l’Empereur. Chaque phénomène naturel était considéré comme un message d’un dieu : Zeus provoquait la foudre, Poséidon les événements maritimes, Rhéa des événements de la Terre, etc. La majeure partie de ces prêtres se spécialisaient dans l’observation des oiseaux et l’interprétation de leur chant et de leur vol. Cette pratique existe encore aujourd’hui. Elle est maintenant appelée ornithomancie.

Ce rapport privilégié avec les dieux faisait des augures des personnalités politiques et sociales très respectées dans la sphère publique. Mais la divination, par son aspect divin, était majoritairement réservée aux femmes. En effet durant l’Antiquité, la société était majoritairement divisée en deux pôles. réservé aux citoyens masculins. Il y avait l’univers de la cité, politique, publique et combattante. A l’opposé, réservés aux femmes, aux épouses il y avait la sphère privée, l’univers de la maison, la religion.

Les pythies : la messagère des dieux

Dans la plupart des textes, ce sont des femmes qui possèdent un don de divination ou qui apportent des présages. Et le personnage féminin le plus connu dans l’univers des arts divinatoires reste la pythie. Vous en avez surement déjà entendu parler, mais savez vous quel est son rôle ? Durant l'Antiquité, la pythie s'appelait le plus souvent Pythonisse. Elle était l’oracle du temple de Delphes, dévouée à Apollon. Son nom est issu de l’ancien nom de la cité de Delphes « Pytho ».

Elle était élue comme épouse du dieu, choisie par les augures du temple. La pythie avait l’obligation de rester vierge afin d’être la plus pure possible et de réceptionner le plus justement les messages des dieux. Les citoyens la demandaient tellement qu’il y eu jusqu’à 3 pythies à la fois dans le temple de Delphes.

Si à l’origine elle ne devait rendre ses oracles, ses prédictions qu’une fois dans l’année (le jour de l’anniversaire d’Apollon), peu à peu les consultations finissent par se faire tous les mois. Lors de ses prédictions, dans une grotte dans le fond du temple, la pythie se tenait debout sur un piédestal d’où s’échappaient des gaz hallucinogènes appelés pneuma : le souffle. Elle tombait alors dans un état de transe et délivrait des messages incompréhensibles que les augures interprétaient.

 

 

Etre devin pendant l’Antiquité

D’ordre général, on pensait que les dieux choisissaient tous les voyants. Si la majeure partie d’entre eux étaient des femmes, les hommes devins et non prêtres existaient aussi. Pour les hommes, être devin, c’était être un artisan des dieux. C’est à partir de cette époque qu’on parlait d’arts divinatoires qu’il fallait perfectionner par la pratique et l’âge. Mais il arrivait aussi qu’un homme du quotidien se voit délivrer d’un message sur l’avenir de manière occasionnelle. On considérait alors que les dieux lui avait fait un cadeau car ils se sentaient régulièrement honorés.

Au contraire, quand les femmes voyaient l’avenir, de manière occasionnelle ou fréquente, c’était de manière naturelle. Contrairement à l’homme artisan, les femmes sont considérées comme le réceptacle idéal des dieux. La femme est le meilleur vecteur entre le monde du dessus, celui des dieux, et le monde du dessous, celui des défunts.

Quels supports pour un voyant antique ?

Etre devin, c’était une pratique tout autant variée qu’aujourd’hui. En effet, de nombreux supports existaient déjà. Nous avons déjà parlé de l’ornithomancie, mais nous pouvons rappeler que les voyants analysaient aussi les entrailles des animaux sacrifiés aux dieux. L’astrologie et la numérologie étaient déjà utilisés pendant l’antiquité par les grecs.

Les nobles interprétaient souvent les textes de ce qu’on appelait des livres sibyllins. On cherchait dans ces textes écrits par des oracles consacrés à Rome de grandes révélations sur le monde ou de simples renseignements sur l’avenir des grandes familles politiques des cités. Ces textes, de même que les paroles des pythies, étaient mystérieusement complexes.

Un autre support, moins connu, celui de la cléromancie, consistait à interpréter la position d’objets lancés au hasard. Fèves, tablettes de bois, fléchettes ou dés, c'est une voyance basée sur l’implication des dieux sur le hasard.

Etre devin, c’était aussi parfois être connu. De nombreux personnages maitrisant les arts divinatoires pendant l’Antiquité sont donc connus pour cela encore aujourd’hui.

 

Le mythe de cassandre

Histoire de la guerre de Troie

Cassandre est un personnage de la mythologie grecque. Homère la décrit dans ses deux œuvres épiques : L’Illiade et L’Odyssée. Elle est la fille de Priam, le roi de Troie et d’Hécube.

Jeune fille, elle reçoit d’Apollon le don de lire l’avenir. Il veut la séduire, mais comme elle se refuse à lui, il lui lance une malédiction. Désormais, jamais plus personne ne croira ses prédictions, même pas les membres de sa propre famille.

Avant même que son frère Paris ne vienne au monde, elle prédisait déjà à sa mère qu’il mènerait la cité à sa perte. Et lorsque son frère devient adulte, qu’il s’apprête à partir à Sparte, Cassandre le prévient que s’il ramène une jeune grecque dans la cité, celle-ci amènerait leur perte à tous. Ni son frère, ni sa mère ne l’écoutent.

En effet Paris ramènera Hélène, une jeune princesse grecque dont il est éperdument amoureux à Troie. Son enlèvement ou la fugue de la jeune fille (en fonction des versions) amène en effet les Grecs en guerre aux portes de la cité. Mais les prédictions de Cassandre ne s’arrêtent pas là. Ce qui fait le mythe de Cassandre, c’est sa dernière prédiction avant la victoire des grecs.

Ces derniers, ne parvenant pas à mettre fin à la guerre de Troie, font croire au roi Priam qu’ils abandonnent le combat et partent se cacher plus loin sur la côte. Les grecs offrent au troyens un cheval géant, symbole de la ville, soi-disant en cadeau d’excuse. Cassandre prévient toute la ville que ledit cheval est un subterfuge mais personne ne veut la croire.

La figure de la tragédie

Cassandre, plus qu’une simple voyante est en fait le personnage tragique par excellence. Belle malgré elle et vouée à voir tous ceux qu’elle aime à mourir. Autant membres de sa famille, amants, hommes promis en mariage finissent par mourir. Beaucoup des troyens la fuient, car elle n’annonce que le malheur et la mort. Mais jamais aucune des personnes à qui elle prédit une mort funeste ne la croit avant le moment fatidique. Cassandre n’est donc pas vraiment une figure qui maitrise les arts divinatoires. Elle subit le don qui lui a été accordé jusqu’à sa propre mort qu’elle perçoit. Contre la mort, elle ne peut rien faire.

Qu’est-ce-qu’une sibylle ?

Les sibylles sont les prophétesses qui se rapprochent le plus de la pratique de la voyance que nous connaissons aujourd’hui. Contrairement aux pythies qui ne sont que des enveloppes corporelles messagères des dieux, une sibylle est indépendante de toute institution politique ou religieuse. Si les sibylles sont souvent attachées à la déesse Cybèle, leurs prophéties viennent d’un don personnel plus ou moins puissant en fonction de chacune.

Leurs prophéties n’abordent pas seulement de grands faits historiques. Les Sibylles peuvent apporter des prophéties personnelles à chaque personne qui le leur demande. En Grèce Antique, elles servent le Dieu Apollon, dieu de la poésie. Leurs oracles sont donc parfois très énigmatiques, ambigüe : ils jouent sur les mots. Cette ambiguïté et la double lecture que peuvent faire les consultants de ces prophéties, les obligent à toujours se méfier des sibylles.

Elles maitrisent autant l’art de la poésie que les arts divinatoires. Des textes antiques, on a pu dénombrer douze sibylles venant d’un peu partout dans le monde gréco-romain. La sibylle de Cûmes (près de Naples) est surement la plus connue d’entre elles. Elle est présente dans de nombreuses œuvres épiques et romanesques. Mais elle aurait surtout écrit les Livres Sybillins : d’obscures ouvrages poétiques mais surtout prophétiques. Le sénat et les empereurs romains eurent longtemps usage de ces livres jusqu’à ce qu’ils brulent dans l’Incendie du Capitole en – 83 av. J.-C.

Certaines copies, du nom d’Oracles sibyllins ont longtemps circulé dans les pays entourant la Méditerranée. Ces ouvrages, dont nous avons retrouvé des fragments contenaient souvent à la fois des oracles sibyllins, juifs et des écrits chrétiens. Ils furent souvent décryptés lors du moyen-âge et utilisés pour justifier la religion chrétienne en Europe. Ainsi la sibylle est souvent représentée jusque sur les cathédrales et les vitraux des églises.

 

Un monde pas si éloigné du notre ...

Autant sibylles, pythie, oracles et prêtresses divinatoires avaient un rôle très important durant l’Antiquité. Tous liés à un ou des dieux, ils pouvaient être des membres de la cités plus importants que les rois et empereur. Que ce soit pour l’Empire Romain ou dans la Grèce antique, plus les hommes avaient des liens forts avec les dieux, plus des hommages lui étaient accordés. La pratique de la voyance a donc bien changé à travers les siècles. Mais nous gardons en mémoire des souvenirs de ces voyants d’autrefois. Et une part de leur pratique des arts divinatoires nous a surement été léguée.